Session de l’École des plantes de Bailleul dans la Baie de Somme, juin 2025
L’équipe organisatrice de la session 2025 de l’Ecole des Plantes de Bailleul a pris ses quartiers d’été au Cap Hornu dans la commune de Saint-Valery-sur-Somme le dimanche 22 juin en fin d’après-midi, accompagnée par Bruno et Michèle de Foucault et quelques amis fidèles.
L’équipe organisatrice de la session 2025 de l’Ecole des Plantes de Bailleul a pris ses quartiers d’été au Cap Hornu dans la commune de Saint-Valery-sur-Somme le dimanche 22 juin en fin d’après-midi, accompagnée par Bruno et Michèle de Foucault et quelques amis fidèles.
L’Hôtel-Restaurant du Cap Hornu, où nous allons passer notre séjour, est une ancienne ferme, propriété de la famille Houdant (de 1852 à 1926) qui détenait également le bois du même nom, les mollières et le Mont de la Chapelle. De 1926 à 1963, c’est Rodolphe Homberg, président de la Banque de France au Pays-Bas, qui en devient propriétaire et qui transforme les lieux en Gentilhommière. Il faut attendre 1981 pour que la municipalité de Saint-Valery-sur-Somme en fasse l’acquisition et aménage les lieux en un village de vacances pour les familles. Depuis 1991 le projet est confié en gestion au Syndicat mixte Baie de Somme-Grand Littoral Picard qui transforme le tout en hôtel-restaurant.
La baie de Somme s’étend sur quelque 70 km² à l’embouchure du fleuve qui a donné son nom au département. Elle est constituée de deux estuaires emboîtés : celui de la Somme au sud, et celui de la Maye, petit fleuve côtier, au nord. Quotidiennement recouverts par la marée montante et découverts à marée basse, l’estuaire et son vaste estran côtier sont riches en plantes halophiles et abritent de nombreux oiseaux sédentaires et migrateurs qui profitent du parc ornithologique du Marquenterre, situé entre les estuaires de l’Authie au nord et de la Somme au sud.
Les eaux saumâtres, mélange d’eau douce et d’eau salée, sont un lieu propice pour l’alevinage de nombreuses espèces de poissons. S’y mélangent également les sédiments argileux du fleuve et le sable de la mer pour former un sol sablo-vaseux constituant ainsi, au gré des marées, deux milieux caractéristiques :
- la slikke (du néerlandais het slik = terrain vaseux), ou zone de vasières, recouverte par la mer deux fois par jour, qui est la zone de sédimentation très fine des rivages. On y trouve une végétation pionnière clairsemée de Salicornes, Spartines et quelques autres plantes halophytes, adaptées à la salinité du substrat.
- le schorre (du néerlandais het schor désignant le rivage) ou « mollières » qui est recouvert par la mer seulement lors des grandes marées de pleine lune et de nouvelle lune, ou encore lors des marées d’équinoxe de printemps en mars et d’équinoxe d’automne en septembre. La végétation plus abondante y forme le pré salé, souvent pâturé par les moutons.

La slikke, inondée deux fois par jour. En face, Le Crotois.
Durant les trois premiers jours, l’équipe s’active pour dénicher et prospecter différents lieux d’intérêt botanique : les alentours du Cap Hornu ; la côte à Cayeux-sur-Mer ; un étang de pêche, les dunes et la plage à Le Crotoy et la forêt domaniale à Crécy-en-Ponthieu.
Messieurs Daniel Petit et Bruno de Foucault dressent la liste des plantes rencontrées. De leur côté, Joëlle et Jean-Charles Décaudin récoltent les plantes qui seront présentées lors des exposés de phytothérapie.
Au cours de ce long séjour, nous avons eu l’immense plaisir et intérêt d’être accompagné par Brigitte Delaporte, pharmacienne à Cayeux et guide nature spécialisée en botanique et en géomorphologie du littoral. Grâce à elle nous avons pu comprendre comment le littoral de l’endroit s’est formé au fil des ans.
Mercredi 23 juin, branlebas de combat pour accueillir les étudiants et autres participants dès 17 h avec en ouverture un mot de la présidente Madame Chantal Van Haluwyn suivi du verre de l’amitié dans la cour de l’hostellerie.
Jeudi 26 juin dès 9 h, rendez-vous est donné au sud de Cayeux-sur-Mer pour arpenter la plage formée d’un cordon de galets de silex provenant de l’érosion des falaises depuis la côte normande jusqu’à Ault, roulés et accumulés au cours du temps en bord de mer. La végétation y est éparse avec le Crambe maritime, le Pavot cornu, le Fenouil marin, le Plantain corne de cerf, la Silène maritime…

Le Fenouil maritime – Crithmum maritimum L. Apiaceae.

Le Plantain corne de cerf – Plantago coronopus L. – Plantaginaceae.

Le Pourpier de mer – Honckenya peploides (L.) Ehrh. - Caryophyllaceae

Le Crambe maritime - Crambe maritima L. – Brassicaceae.
Après la pause déjeuner, sur un parking au nord de Cayeux, Monsieur Petit nous explique l’utilisation des galets dans l’usine dont nous étions proche le matin et qui font la richesse économique de la région. Après lavage, tri manuel, calcination à 1.600° C et broyage des galets, de la silice cristobalite donne des granulats d’exception, durs, blancs, opaques et réfléchissant les UV et la chaleur. Des échantillons de la collection de Brigitte Delaporte nous sont présentés.

Ensuite, nous visitons les mollières où nous découvrons une tout autre végétation notamment arbustive avec le Lyciet (Lycium barbarum), l’Argousier (Hippophae rhamnoides), le Saule rampant (Salix repens), l’Eglantier (Rosa canina)… mais aussi, diverses graminées : le Lagure ovale (Lagurus ovatus), l’Oyat ( Ammophila arenaria), le Chiendent des sables (Elytrigia juncea), la Laîche des sables (Carex arenaria) … sans oublier le Liseron des sables (Convolvulus soldanella), l’Arroche prostrée (Atriplex prostrata), la Bette maritime (Beta vulgaris maritima)…
Des galets et des plantes, mais pas que…

Rassemblement de Theba pisana (O.F. Müller, 1774), mollusques gastéropodes de la famille des Helicidae, très communs dans les dunes constituées de sables coquilliers. Ici, estivant sur un piquet de parking côtier. Ils se déplacent la nuit pour se nourrir de végétaux divers (fenouil, genêt). Le jour, lorsque la température est élevée, ils entrent en vie ralentie en se collant sur des supports rigides et en fermant leur ouverture par un épiphragme de mucus. On les retrouve alors en rangs serrés sur les tiges des plantes ou des piquets de clôture.

Et sur la laisse de mer, cette étrange éponge qui n’est autre que les restes d’une ponte de Bulot ou Buccins (Buccinum undatum L.), mollusque gastéropode marin (très apprécié à titre de fruits de mer), formée de nombreuses capsules nidamentaires, désignés sous le nom de « savon de mer », en référence à leur emploi par les marins pour se laver les mains.
Soudain la pluie vient perturber la balade et nous trouvons refuge au café du camping des mollières pour les commentaires sur les plantes médicinales. Pour ce premier exposé, madame Décaudin met l’accent sur ces plantes comestibles que nous avons rencontrées au cours de la journée en insistant sur leurs différents composants souvent riches en vitanimes C (Crambe, Salicorne, cakilier…) mais également en sodium et en iode. La prudence s’impose donc pour ceux qui souffrent d’hypertension et dont la consommation de sel doit être évitée, comme pour ceux qui s’expose à une hyperthyroïdie due à un excès d’iode. Même pour les fruits du Lyciet – Lycium barbarum L. – Solanaceae, la vigilance est de rigueur : la consommation des baies de goji ne doit pas excéder 6 à 12 grammes selon qu’on soit un enfant ou un adulte, et en cure limitée à un mois.
Le soleil étant de retour, avant de rentrer, nous faisons un petit détour vers la pointe du Hourdel.

Réséda jaune (Reseda lutea L. – Resedaceae) et Panicaut champêtre – Eryngium campestre L. – Apiaceae) en avant plan à gauche.
Vendredi 27 juin, la matinée est d’abord consacrée à la découverte des prés salés du Cap Hornu avec l’Obione faux pourpier, l’Aster maritime, le Lilas de mer, l’Armoise maritime particulièrement odorante, l’Orge maritime, l’Armérie maritime, le Plantin maritime… plantes emblématiques des mollières.
Ensuite, nous grimpons vers le bois Houdant où l’on retrouve l’habituelle végétation forestière avec le Chêne pédonculé, le Charme, le Frêne, le Noisetier, le Cornouiller sanguin, l’Aubépine à un style… sans oublier la strate herbacée avec le Fraisier des bois, le Dactyle aggloméré, l’Alliaire, le Brachypode des bois, la Bryone dioïque…
Sur le sentier qui nous ramène vers l’Hôtel, nous croisons l’Aigremoine, la Guimauve officinale, le Diplotaxe à feuilles ténues, le Réséda jaune, le Panicaut champêtre, le Séneçon jacobée… avec les habituelles graminées.
Après la pause déjeuner, nous prenons la route pour la forêt domaniale à Crécy-en-Ponthieu où nous arrêtons près de la maison forestière des Vieux-Chênes.
Cette forêt, d ‘une superficie de 4 300 hectares sur un terrains plutôt acide avec un relief de 30 à 70 m d’altitude, est surtout constituée de Chênes pédonculés, de Hêtres et de Charmes.
Après la Seconde Guerre mondiale, des résineux y ont été introduits tels le Douglas, l’Epicéa, le Pin sylvestre et le Thuya géant… aujourd’hui tous décriés.
La perspective du réchauffement climatique conduit désormais les forestiers à introduire le hêne sessile mieux adapté aux futures conditions atmosphériques.
En sous-bois, le Sureau noir, la Viorne obier, le Houx, le Fusain, le Genêt, le Chèvrefeuille et le Lierre grimpant se disputent l’espace avec la strate herbacée des Poaceae, Cypraceae, Juncaceae et des Ptéridophytes. En bordure de chemins, la Balsamine jaune, la Lysimaque des bois, la Digitale pourpre, la Scrofulaire noueuse, et la Circée de Paris y trouvent leur place, alors que la Bugle rampante et la Brunelle jouent à semer la confusion chez les néophytes comme ces deux hémiparasites que sont le Mélampyre des prés et le petit Rhinanthe, pendant que patauge dans les ornières humides la Renouée poivre d’eau, une annuelle qui se ressème d’année en année, alors que l’Ail des ours, la Jonquille, l’Anémone sylvie et la Jacynthe des bois ont, depuis des mois, tiré leur révérence et sont entrés en dormance, laissant juste quelques traces fructifères de leur émergence printanière.
De la botanique mais pas que …
Sur les sentiers forestiers, nous avons croisé de nombreux bousiers (Geotrupes stercorarius L.), des coléoptères coprophages, jouant un rôle écologique indispensable dans l’équilibre des pâturages. Ils se nourrissent d’excréments, principalement de bouses (d’où leur nom), et contribuent ainsi à leur dégradation.
En creusant, sous les déjections, des galeries pour pondre leurs œufs, ils enterrent des matières fécales afin de nourrir leurs larves, contribuant ainsi à l’incorporation de la matière organique dans le sol, et fournissant un service écologique important.
En fin de journée, Madame Décaudin nous rappelle l’usage phytothérapique des plantes rencontrées en forêt en insistant sur les recommandations d’usage et les contre-indications tout en rappelant que nous ne sommes pas tous égaux et que les effets des molécules des plantes peuvent varier d’une personne à l’autre. On parle alors de phytothérapie intégrative, qui prend en compte le terrain de chacun, à savoir le parcours de vie du patient : ses antécédents et ses symptômes.

Des bousiers à table dans la forêt de Crécy.
Samedi 28 juin, le cap est mis sur Le Crotoy, avec un parking situé au nord de la ville, en bordure des dunes et d’un étang de pêche que nous visitons l’avant-midi pour y observer le Liseron des champs, l’Epipactis des marais, le Millepertuis élégant, le Mouron délicat, la Salicaire, l’Onagre à grandes fleurs, la Bugrane rampante, la Prêle des marais, le Lotier des marais, la Menthe aquatique…
Après le déjeuner tiré des sacs, nous écoutons Madame Décaudin nous rappeler les propriétés de ces plantes plus communes rencontrées en matinées. Une piqure de rappel pour ceux qui passeront leurs examens fin septembre. L’accent étant mis sur la distinction entre toxicité aiguë, qui survient à la suite d’une consommation unique et massive, et la toxicité chronique dont les effets néfastes sur la santé résultent d’une exposition répétée et prolongée avec accumulation de la substance et de ses effets au fil du temps. Attention à la toxicité et la carcinogénicité des plantes à alcaloïdes pyrrolizidiniques, principalement chez les Boraginaceae : Consoude, Bourrache, Vipérine… mais aussi chez quelques Asteraceae : le Tussilage, l’Eupatoire chanvrine, les Pétasites, les Séneçons… Par ailleurs, certaines plantes peuvent provoquer des dermites par contact, tel le Lierre grimpant et d’autres même causer des brûlures sur la peau par leurs furanocoumarines surtout chez les Apiaceae : Berce sphondyle, Berce du Caucase, Angélique… sans compter les urticantes : les orties.
In fine, nous herborisons dans les dunes et sur la plage avec de nombreuses plantes déjà vues : Argousier, Oyat, Panicaut des dunes, Onagre…, et sur l’estran : Cakilier maritime, Arroche prostrée, Betterave maritime, Soude maritime, Salicorne…
De retour au parking, on se salue chaleureusement, heureux de ce séjour côtier, en se donnant rendez-vous pour l’an prochain vers de nouvelles découvertes botaniques en pays Audomarois, une région naturelle en Flandres françaises.
Jean-Joseph Hugé